visite de la ferme Salagriffon

Visite de la ferme Salagriffon 27 septembre 2025

Chez Florence et Jean-Claude Bonnard.
En bas du village de Sallagriffon, de nombreuses routes y mènent, plus ou moins sinueuses, avec une vue magnifique sur la Clue d’Aiglun, juste en face de la ferme. Temps superbe, belle lumière au rdv, une vingtaine de personnes sont venues, Amapiens de Désir de Bio, de Biot et des bénévoles adhérant à Terres de Liens. Ce furent de très bons moments, riches d’enseignement et qui font du bien tant la passion habite ces producteurs impliqués.

L’histoire : une reconversion réussie! Une vie en harmonie avec la nature.
Jean-Claude et Florence se sont installés sur cette ferme en 1995 avec leurs 2 jeunes enfants
Cet endroit était la propriété de la mère de Jean-Claude, mais laissée à l’abandon, la maison
était en ruines. Florence avait fait une reconversion pour être agricultrice après avoir décidé de venir s’installer là.
Ils ont reconstruit la maison et démarré avec l’apiculture et la culture de lavande fine pour la distillation. La culture de lavande fine n’a pas tenu mais l’élevage des moutons venus pour désherber a continué. Plus tard, ils ont également lancé la culture de céréales très variées, avec de nombreuses variétés de blés anciens comme la Pétanielle Noire de Nice(1), la SaisseGe de Provence (2) etc..
Jean-Claude est passionné de technique et d’inventions: il bricole énormément avec notamment des matériaux de récupération, ce qui lui permet d’aménager les machines et les bâtiments pour les différentes activités de la ferme.

La culture de blés anciens, l’aménagement des terrains, l’agro-foresterie
Les terrains sont aménagés en agro-foresterie au fur et à mesure
2 stratégies possibles : mettre des arbres alignés selon les directions nord/sud pour avoir un ensoleillement équivalent et des maturités homogènes ou selon la tendance qui serait à privilégier actuellement: mettre les arbres sur des lignes de niveau (hydrologie régénérative (3) pour optimiser la pénétration de l’eau dans les sols. Du fissurage est nécessaire et la mise en place de baissières(4) est prévue pour retenir l’eau lors des grosses pluies et lui permettre de s’infiltrer dans le sol au lieu de ruisseler dans la vallée.
20 espèces d’arbres ont été plantés (sorbiers, tilleuls etc..), arrosés pendant 3 ans avant
d’être plus autonomes. Beaucoup d’essais ont été réalisés et continuent avec des rotations régulières de cultures pour éviter d’appauvrir les sols. De la biomasse (c’est l’ensemble des matières organiques pouvant devenir des source d’énergie) peut être produite avec des espèces comme le sorgho ou le tournesol qui fournissent beaucoup de biomasse par rapport à l’eau utilisée. Elle est ensuite broyée sur le
sol, les plantes absorbent le CO2 de la biomasse pendant leur croissance.
Pour les blés, les variétés anciennes sont intéressantes car par leurs longues tiges, elles permettent de survivre aux adventices (“mauvaises herbes” responsables de la plus grosse perte de rendement sur les cultures). Cependant, leur rendement est inférieur à celui des variétés traditionnellement utilisées.

Jean Claude a parlé des problématiques liées à la Politique Agricole Commune (La PAC est la politique commune de l’UE pour l’agriculture) qui soutient les agriculteurs, accompagne les transitions et participe à l’aménagement des territoires- avec toute sa complexité et parfois, ses incohérences (pas de lien entre les efforts demandés pour la préservation des terres et la stratégie des financements). Elle est hélas indispensable pour la survie des bergers. En montagne, le calcul de l’aide est intéressant car il y a beaucoup de superficie et l’aide est liée à cette dernière.


L’élevage de moutons
Les moutons étaient en altitude au moment de la visite. La transhumance se fait sur 3 jours.
Les moutons rentreront à la ferme fin octobre. L’aménagement de la bergerie a été optimisé, avec par exemple des stores électriques pour les protéger de la chaleur. L’espace est modulable, réduction de la surface en hiver afin de conserver la chaleur, et lors des naissances, aménagement de petits espaces mère-agneau pour favoriser leur relation (sinon la mère ne nourrit plus son agneau et souffre de mastite). L’élevage demande beaucoup de vigilance et d’actions pour éviter les maladies (parasites externes comme la gale, maladie très contagieuse et problématique pour le troupeau). Des douches sont nécessaires, la coupe des sabots/ongles aussi pour éviter le piéNn (6). Des aménagements astucieux mis en place par Jean Claude facilitent ces opérations. Une filière de valorisation de la laine a démarré (“Les Vil’Laines” regroupent 4 productrices.)
En l’absence d’une filière laine dans notre région et sa raréfaction en France, les bergères se sont adressées à la laverie du Gévaudan. Elles ont emballé, pesé puis transporté la laine dans la Haute-Loire pour y être lavée. Les Ateliers de la Bruyère installés en Auvergne ont réalisé la transformation. Aujourd’hui, les bergères nous proposent laines, chapeaux, trousses, sacs, coussins et oreillers. Les couettes fabriquées par Laurent Laine sont garnies de laine et recouvertes d’un tissu écru 100% coton Bio


Les ruchers

Plusieurs espaces sont aménagés à différents endroits de la propriété.
Le monde des abeilles est très bien organisé, c’est un peuple laborieux qui réalise toutes les tâches (chaque abeille assure au cours de sa courte vie tous les travaux par étape d’apprentissage) pour assurer la survie de la reine afin que le coeur de la ruche soit toujours maintenu à 37°C .
Là aussi beaucoup d’opérations et de surveillance sont à faire pour éviter les parasites (notamment le frelon asiatique). Des pièges à frelons sont installés sur les arbres autour des ruches.
Les ruches bénéficient d‘une flore exceptionnellement riche et variée, dans un environnement encore sauvage et protégé, loin de toute culture intensive et de zones de pollution.
Pour pouvoir récolter différentes variétés de miel (lavande, montagne, châtaignier, Provence…) les ruches transhument de nuit, en suivant le rythme des floraisons. Afin d’offrir des miels d’une qualité exceptionnelle, ils sont récoltés à maturité. Tout le travail effectué dans la miellerie est exclusivement fait à froid, de l’extraction (centrifugeuse), décantation naturelle, jusqu’à la mise en pots manuelle. Du miel liquide est proposé de la récolte en été jusqu’à l’automne. Ensuite, le processus naturel de cristallisation permet d’obtenir du miel soit cristallisé, soit crémeux (procédé de brassage à froid du miel cristallisé).
Les abeilles sont nourries à l’arrivée de l’hiver avec du sirop fabriqué à base de sucre de canne.


Les parcelles Terre de Liens
Les terres situées au sein du Parc Naturel Régional des Préalpes d’Azur étaient très morcelées et non exploitées depuis 30 ans bien que régulièrement entretenues pour les passages des troupeaux de chèvres et brebis. Cette acquisition de 55 ha dont 10 ha de terres cultivables et 45 ha de parcours et landes répartis sur Sallagriffon et Collongues a été réalisée en 2022 pour mettre fin à l’insécurité foncière des fermiers et sécuriser les activités de 2 fermes.
Une des parcelles de Sallagriffon comporte une bergerie en ruine que Florence et Jean- Claude ont dû racheter. Pour Terre de Liens qui préserve essentiellement les terres agricoles, le coût du bâti était trop élevé par rapport à celui de la terre. Sur ces terres, Jean Claude et Florence ont décidé de développer l’agro-foresterie (7). Actuellement, Florence estime que la charge que représentent les diverses activités sur la ferme est trop lourde pour un couple.

Pour la reprise de la ferme, un des points de vigilance est l’habitat. La remise en état de la bergerie en ruine permettrait à des jeunes de s’installer car trouver un logement à proximité des terres est un réel problème dans le secteur.



Peit glossaire:

  1. La Pétanielle Noire de Nice: c’est un blé poulard (on se croirait dans le monde de Harry Potter), soit une espèce de blé barbu, proche du blé dur et qui offre une bonne résistance aux grandes chaleurs.
  2. La SaisseGe de Provence : encore une variété ancienne et un blé barbu! Avant 1950, tout le pourtour méditerranéen était cultivé avec la saissette et la touzelle. La teneur en protéines de la saissette est élevée et les barbes sur les épis permettent d’amortir les entrechoquements des épis lors des coups de mistral. Sa culture ne demande ni intrants, ni produits phytosanitaires. Leur faible rendement et la hauteur des pailles constituent toutefois un handicap qui a conduit à son abandon progressif malgré la qualité de sa farine.
  3. à propos de l’hydrologie régénératve: savez-vous par exemple que plus de la moitié des pluies continentales proviennent de l’évapotranspiration issue du sol et de la végétation et non de l’eau liquide
  4. Les baissières permettent de stopper l’érosion des sols en creusant des espèces de fossés qui retiennent les nutriments sur place en même temps que l’eau: petit à petit les sols se régénèrent, redeviennent fertiles et par la pousse des végétaux, créent de véritables pièges à soleil , brisent le vent et deviennent propices à la culture.
  5. La cuscute: le vampire de la luzerne! Son nom fait rire mais les attaques de cuscutes sont graves, elles s’en prennent aussi au lin , au trèfle ou à la pomme de terre. Elles parasitent de nombreuses espèces végétales, les affaiblissent, diminuent leur capacité de lutte contre les virus et participent à la transmission de pathogènes d’une plante à l’autre.
  6. Le piétn occasionne une boiterie généralement suivie d’une rougeur du tissu interdigital et d’un gonflement du pied, provoquant l’écartement des orteils.
  7. L’agro-foresterie recouvre l’ensemble des pratiques agricoles qui associent, sur une même parcelle, des arbres (sous toutes leurs formes : haies, alignements, bosquets…) à une culture agricole et/ou de l’élevage.